La vie a-t-elle un sens ?
Attention, article fouillis. Prenez votre courage à deux mains si vous voulez le lire, mais ça vaut la peine (je pense).Le sens. Drôle de mot, difficile à définir.
Un synonyme pourrait être "signification". Mais une signification, c'est ce qui signifie quelque chose. Et signifier, c'est vouloir dire, avoir le sens de : la boucle est donc bouclée.
Un dictionnaire est donc bien incapable de définir et expliquer un concept aussi complexe que le "sens" et la signification. Si je devais donner une définition du sens, je dirais ceci : quelque chose a du sens lorsqu'il est accessible à la conscience humaine, à l'esprit de l'homme. Le sens, c'est en réalité le concept lui-même : concevoir quelque chose, c'est en percevoir le sens. Un sens, c'est une idée, c'est une conception de l'esprit, une représentation abstraite propre à la nature humaine. Le sens, c'est la pensée, c'est le concept, c'est l'esprit, c'est l'idée.
Et selon moi, la vie n'a pas de sens. Elle ne se conçoit pas, ne s'appréhende pas, ne fait appel à aucune représentation abstraite, à aucun concept. La vie est, elle est là, présente en chacun de nous. Et c'est tout, et c'est bien là le côté absurde de la vie.
La vie, c'est un fait, une observation : on bouge, on pense, notre environnement ne le fait pas, alors on met un mot sur ce principe de mouvement : la vie.
Mais lui donner un sens ? Folie !
La vie, pour moi, est une simple constatation scientifique, elle est absurde, lui donner un sens est une aporie pure et simple. Se poser la question " ma vie a-t-elle un sens", c'est s'offrir une fausse interrogation : aucune vie n'a jamais eu plus de sens que ce que les hommes ont voulu lui donner.
Le sens de la vie est un artifice, au sens de production humaine : dans la vie de chacun, on découvre le sens qu'on veut y trouver. C'est l'illusion totale, s'apaiser l'esprit et fuir le désespoir en mettant un masque sur l'absurde de la vie, voilà ce qu'est la quête perpétuelle du sens de la vie.
A quoi bon vivre ? Précisément, à cause de cette incertitude, de cet absurde, de ce flou. Il n'est pas possible de fixer un sens à la vie, et c'est ce qui la rend si fascinante, si futile et essentielle à la fois, si étonnante et terrible.
J'ai remarqué que dans nos sociétés modernes, on accorde une grande valeur à la vie. Elle est au sommet de toutes nos échelles de valeurs. Si ce n'est Dieu, pour les croyants, quoi de plus important que la vie elle-même ? En effet, il n'y a rien d'autre en dehors de la vie pour l'Homme, lui enlever, c'est tout lui retirer, il n'y a donc rien de pire.
Mais est-ce une raison pour lui accorder de la valeur ? Pourquoi ne pas se réduire à la contingence d'exister ? Pourquoi toujours la justifier, dire qu'elle vaut la peine d'être vécue, lui donner une valeur (et donc une signification) morale ? C'est du pipeau !
Le fait est que personne ne veut d'une vie qui n'ait pas de sens. On suppose donc qu'on possède un savoir sur la vie, nous vivons comme si nous étions les détenteurs d'un savoir sur la vie qui nous la fait reconnaître comme encore valable.
La vie ne doit pas faire sens, elle n'a pas à avoir de signification. "Trouver un sens à sa vie", en voilà une sacrée expression ! Et qui montre bien que c'est nous qui lui en donnons un, à défaut d'un sens universel de la vie qui n'existe pas. La vie se passe de sens, elle est, point, elle se suffit à elle-même. C'est un fait, une situation terriblement biologique, de la physique, un état particulier de la nature. C'est l'absurdité-même. La vie n'a pas de sens, c'est donc l'homme qui a besoin de lui en accorder un. Il a toujours cherché à donner un sens, trouver des origines, des racines, une raison, une finalité, à sa présence sur Terre, à ses actes, à ses pensées.
Le sens est donc proprement humain. Pour la personne, tout doit faire ou prendre sens, comme je le disais au début de cet article.
A la moindre découverte, il faut une explication, une cause, une source. Ce fut d'abord les phénomènes naturels comme la marée, ou l'orage, des observations sur lesquelles on a apposé le mot "dieu". Puis les mystères de la physique et de la mécanique, puis de l'apparition de la vie, de l'évolution, puis la découverte de l'univers, la révolution copernicienne qui a transformé l'homme à l'état de petite poussière dans l'univers, une erreur de codage dans la programmation de l'univers.
Et cette vie, qui n'a pas de sens, donc, manque d'un sens. C'est pourquoi, la religion, la morale, la philosophie, la théologie, sont autant de disciplines qui s'attèlent à cette tâche : l'explication de la vie. La quête de sens. Perpétuelle. Toujours. Et contre tout.
Plus que jamais, l'homme est aujourd'hui avide de sens, à travers la rechercher scientifique, les religions toujours plus prospères, la profonde quête individuelle à l'heure de l'individualisation de nos sociétés occidentales.
Depuis toujours, cette quête du sens s'est adaptée au contexte : économique, sociologique, historique ...
Comme je le disais, il a fallu d'abord donner un sens aux orages, jusqu'à ce que la science prenne le relai de la religion sur cette question. Evolution du sens chez l'humain, donc.
Autre exemple : la création du monde. Là encore, la science a pris la place de la religion.
Encore aujourd'hui, on tente d'expliquer les crues de fleuve par des colères divines dans certaines régions du monde, parce que le contexte de ces dernières est tel que ce n'est pas la science qui explique ce phénomène, contrairement à chez nous, en Occident.
C'est ce qui me fait douter de l'authenticité des religions, et pour mon cas de la religion catholique. Car finalement, la réponse première et essentielle qu'apporte le catholicisme et de manière générale la chrétienté (et même les religions monothéistes), c'est la réponse à la question du sens de la vie, et surtout de la mort et de ce-qu'il-y-a-après.
Encore une interrogation, comme une autre, comme celle des orages du temps de Cro-Magnon. Certains la considèreront comme plus fondamentale, plus essentielle, plus profonde, toujours est-il que ces deux interrogations ne diffèrent pas par leur nature, et encore moins par la réponse apportée : Dieu.
Pour moi, donc, la religion est une pratique sociale, elle dépend du contexte. On est catholique en Irlande, hindouiste en Inde, shintoïste en Chine, Musulman en Syrie, protestant en Californie, bouddhiste au Bhoutan.
Je ne considère pas une seule religion comme "religion révélée". Je crois que la marge de man½uvre dans la croyance et la pratique religieuse est très faible. C'est de l'endoctrinement, à des degrés divers, pour des religions plus ou moins intolérantes (méfiez-vous du pseudo-message de paix et d'acceptation de l'autre qu'on trouve dans les homélies du clergé de France : il y a autant de connards dans l'Eglise qu'ailleurs).
La religion est moins un choix qu'une pratique, on est complètement déterminé. Et les croyants diront l'inverse, ils auront l'orgueil d'affirmer que leur religion est un choix propre fait en leur âme et conscience, et je n'en doute pas. Mais ils ignorent les déterminismes inconscients de la société qui les entoure, et qui sont si profonds qu'ils influencent même leur si noble "âme et conscience". Même dans les choix les plus essentiels, ils sont déterminés, tu es déterminé, je suis déterminé. On n'échappe jamais à ce qui nous entoure, le libre-arbitre n'est qu'un horizon de perfectibilité pour une indépendance d'opinion inatteignable.
La religion révélée, donc, je n'y crois pas. C'est une manipulation de masse, non pas forcément à des fins malveillantes (le pape n'est pas un dangereux terroriste), mais manipulation tout de même. Et quand je dis manipulation, il n'y a aucune connotation péjorative : les livres qu'on à la maison, le quartier dans lequel on vit, l'école qu'on fréquente, les rencontres que l'on fait, les films qu'on voit, les études que l'on fait, sont autant de manipulations, au sens d'influence et de déterminisme sur nos choix, nos croyances, nos convictions, nos actes. Et la religion qu'on a est le résultat de ce processus complexe d'influences, en l'occurrence religieuse. Et s'il existe des musulmans ou des athées dans des familles catholiques, ce n'est pas parce que le fils a fait un choix individuel et qui lui est propre, mais juste que l'influence parentale n'était peut-être pas si forte que ça en matière de religion, face à d'autres personnes à la crédibilité plus grande. C'est par exemple mon cas.
On n'est que le produit fini d'une multitude, un jeu d'influences sur le terrain vierge de la personnalité, forgée par l'expérience et l'aléa. Les gênes, dans tout ça, ne jouent qu'un rôle infime.
La seule chose que fait la religion, c'est proposer une explication satisfaisante pour refuser la mort : on lui invente un sens autre que ce qu'elle est, c'est-à-dire une fin, un terme. On souhaite que tout soit permanent, on refuse ce qui est éphémère, l'impermanence, alors on ne crée pas dessus la réalité un sens qu'elle n'a pas, on croit à l'immortalité, l'éternité, pour ne pas voir la mort en face.
Une religion, c'est donc une superstition, mais en haut de gamme. Il n'y a pas de vérité absolue. La vérité est d'ailleurs un concept qui n'existe pas.
Dieu est vraiment très pratique, en fin de compte, c'est une bonne affaire que de croire en lui, regardez du peu : il remplit nos désirs, il supprime tous les manques. Il manque à l'homme l'éternité ; Dieu donne l'éternité. Qu'est-ce que je désire ? Ne pas mourir, être aimé, ne pas perdre ceux que j'aime. Et que m'annonce la religion ? Que Dieu ressuscite les morts que Dieu m'aime, qu'il est amour absolu et qu'il donne sens à tout ! Plutôt bien ficelé, comme croyance, non ? Plutôt HUMAINE, comme conception divine, non ? Ne serait-ce pas plutôt nous qui avons créé nôtre Dieu bien plus qu'il ne nous a créé ? Ne cédez pas à la pression du groupe ! Arrêtez de croire que la chrétienté est la vraie révélation simplement parce qu'un milliard de truc-muches se fourrent méchamment le doigt dans l'½il comme vous !
Aide-toi et le ciel t'aidera, qu'il disait. Dieu n'a jamais récompensé personne, c'est l'homme qui trouve lui-même des ressources dans ses petites croyances. Je crois plutôt en l'homme. Au lieu de prier, il faudrait agir. Pour les maladies, pour la faim dans le monde, pour aider les populations qui souffrent, empêcher les guerres. Et pas se cloîtrer dans un château avec une toge sur la gueule et l'interdiction de parler, à l'image de la Grande Chartreuse.
Pour conclure, comme le dit très justement toutsolo.blogspot.com,
"Mais quoi que nous fassions, quoi que nous pensions et quel que soit le sens que nous lui accorderons, la vie sera. L'homme aura toujours besoin de lui donner un sens. Mais la vie, elle, n'aura pas à avoir un sens."