Le blog est un parent du journalisme de par sa forme écrite, et de nombreux blogs sont crédibles dans leur analyse de l'actualité sous toutes ses formes. Le blog emprunte également des pratiques journalistiques (éditorial, mise en exergue de texte dans une interview, séries récurrentes, les brèves ...), et en fin de compte, on peut dire qu'il construit les médias d'aujourd'hui. On peut donc légitimement se demander si le blogging est un journalisme ? (Sartre, sors de ce corps !)
J'ai remarqué que les lecteurs d'actualité ont des attentes complètement différentes en fonction du fait qu'ils lisent un blog ou un journal. Avec une feuille de chou dans les mains, ils attendent des articles informationnels, concis et impersonnels, sans dérapage, avec le plus souvent des analyses rigoureuses et documentées de l'actualité, afin de se doter de clés de compréhension du monde pour mieux évoluer dans cette complexité qui caractérise notre époque.
En lisant des blogs (de n'importe quel domaine), les lecteurs sont en revanche friands de témoignages et d'histoires. Plus il y a d'apartés et d'anecdotes, plus le style est personnel, et plus le lecteur a plaisir à lire le blog. Car un blog n'a généralement qu'un seul rédacteur, et c'est lui qu'on s'imagine en train de parler. L'auteur d'un article de journal nous importe peu, tandis qu'on a davantage tendance à s'identifier à un blogueur. Un blogueur met de l'humain dans ses textes, et ne délivre pas des articles froids et impersonnels. Mettre ça et là des formulations décontractées et familières, quitter le style académique, voilà sans doute un des propres du blog face au journal. Le blog se prête beaucoup plus aux petites notes d'humour.
Le crédit du blog par rapport au journal, c'est donc ce ton intime et personnalisé, c'est cette approche complètement différente de l'information. Je suis très attaché, personnellement, à cette liberté de ton, cette absence de contrainte éditoriale. Un blogueur n'a pas de rédac'chef sur le dos, on peut s'exprimer librement et facilement sur les sujets qu'on a choisi, avec l'angle qu'on veut.
On voit bien à quel point les blogueurs sont attachés à cette liberté. Versac par exemple qui gueule car il en a marre de l'étiquette de « blogueur influent » qui l'oblige à adopter un ton un peu plus journalistique, moins de blagues, moins de méchancetés, face au trafic de son blog. Il le répète lui-même « je suis quelqu'un, qui bloguait depuis plus de cinq ans, à son rythme, selon ses contraintes, livrant billets sérieux ou pas, déconnades et liens, remarques, à des degrés divers. Sans jamais avoir prétendu à quoi que ce soit d'autre ».
On sent à quel point il souffre de s'être éloigné de l'essence première de ce qu'est un blog. Je le comprends.
Une autre particularité du blog, c'est l'importance de la conversation (à travers les commentaires), du réseau, des liens, du temps passé sur Internet tout simplement.
Donc oui, le blog est un média, mais non, ce n'est pas un journal. Ce n'est pas forcément un média amateur, certains blogueurs vivent déjà de leurs recettes publicitaires, et certains blogueurs font des travaux de fonds et délivrent des conseils avisés et des analyses pertinentes.
Et si de nombreux journalistes professionnels sont aussi blogueurs et vice-versa, je pense que c'est normal, car les journalistes ont souvent plusieurs « casquettes » dans les médias, et nombreux sont ceux qui font de la télé et de la radio en même temps, ou de la radio et de la presse écrite en même temps ... Et le blog, c'est un média.
En somme, non, la limite entre journaliste et blogueur pro n'est pas flou. Le débat blogueur-journaliste et ses querelles n'ont pas de sens à mon avis. Ce qui n'empêche pas d'être journaliste ET blogueur.
Je sais que ce débat est une passion de longue date mais il est un peu stérile, enfin de compte.
On peut citer ici un article de Presse-Citron, blog tenu par Eric Dupin, blogueur professionnel, et qui résume très bien la chose :
« Je ne sais pas s'il existe une définition précise et comparative de ce qu'est un journaliste par rapport à un blogueur, mais si je devais expliquer ça au proverbial extra-terrestre qui viendrait de poser son vaisseau sur ma terrasse et qui me demanderait comment distinguer l'un de l'autre (il parait que c'est le principal sujet de préoccupation des aliens actuellement), je lui donnerais cet indice simple et à la fiabilité imparable :
- un journaliste ne parle jamais à la première personne (ou alors c'est un éditorialiste)
- un blogueur parle toujours à la première personne
Au-delà de cette tentative - un peu courte - de distinction, et même si les frontières s'estompent, il y a quelque-chose de l'ordre de l'indéfinissable qui ressort du travail journalistique : le recul et la mise en perspective. Vous savez, ce petit truc en plus qui vous fait dire immédiatement, et sur un même sujet, que “ça fait pro”.
Je compare souvent cette sensation à celle que l'on peut éprouver au regard de deux photos d'une même scène, la première faite par un photographe professionnel (ou aguerri), et la deuxième par un amateur : pas de différence technique fondamentale entre les deux clichés, mais pourtant, sans que vous sachiez dire exactement pourquoi, le premier vous parle et raconte quelque-chose, alors que le deuxième est plat et muet.
La différence n'est pas que technique (même si on peut là aussi rapprocher ceci de la technique journalistique) : comme le photographe professionnel, le journaliste a su capter l'essentiel et composer le tableau de l'information à sa façon, pratiquant habilement une sorte de subjectivité... objective (ou invisible).
Avec la profondeur de champ nécessaire et une maîtrise du flou avérée.
Cette patine invisible est celle qui fait que chaque mois je dévore avec grand appétit la presse informatique alors que la plupart des sujets qui la composent ont déjà été vus et lus mille fois au cours des semaines précédentes sur le web : je sais que j'y trouverai parfois d'autres informations, mais surtout le recul, et cette fameuse mise en perspective, cette structuration de l'info, cette écriture journalistique qui font parfois défaut à notre bon vieux web ultra-factuel.
Effectivement, je ne suis pas journaliste, je n'ambitionne pas de l'être, mais je ne suis pas contre essayer d'appliquer certaines des bonnes pratiques de ce métier, dans la perspective d'améliorer la qualité rédactionnelle et informative de Presse-citron.
Y a pas de mal à se faire du bien. »
J'ai remarqué que les lecteurs d'actualité ont des attentes complètement différentes en fonction du fait qu'ils lisent un blog ou un journal. Avec une feuille de chou dans les mains, ils attendent des articles informationnels, concis et impersonnels, sans dérapage, avec le plus souvent des analyses rigoureuses et documentées de l'actualité, afin de se doter de clés de compréhension du monde pour mieux évoluer dans cette complexité qui caractérise notre époque.
En lisant des blogs (de n'importe quel domaine), les lecteurs sont en revanche friands de témoignages et d'histoires. Plus il y a d'apartés et d'anecdotes, plus le style est personnel, et plus le lecteur a plaisir à lire le blog. Car un blog n'a généralement qu'un seul rédacteur, et c'est lui qu'on s'imagine en train de parler. L'auteur d'un article de journal nous importe peu, tandis qu'on a davantage tendance à s'identifier à un blogueur. Un blogueur met de l'humain dans ses textes, et ne délivre pas des articles froids et impersonnels. Mettre ça et là des formulations décontractées et familières, quitter le style académique, voilà sans doute un des propres du blog face au journal. Le blog se prête beaucoup plus aux petites notes d'humour.
Le crédit du blog par rapport au journal, c'est donc ce ton intime et personnalisé, c'est cette approche complètement différente de l'information. Je suis très attaché, personnellement, à cette liberté de ton, cette absence de contrainte éditoriale. Un blogueur n'a pas de rédac'chef sur le dos, on peut s'exprimer librement et facilement sur les sujets qu'on a choisi, avec l'angle qu'on veut.
On voit bien à quel point les blogueurs sont attachés à cette liberté. Versac par exemple qui gueule car il en a marre de l'étiquette de « blogueur influent » qui l'oblige à adopter un ton un peu plus journalistique, moins de blagues, moins de méchancetés, face au trafic de son blog. Il le répète lui-même « je suis quelqu'un, qui bloguait depuis plus de cinq ans, à son rythme, selon ses contraintes, livrant billets sérieux ou pas, déconnades et liens, remarques, à des degrés divers. Sans jamais avoir prétendu à quoi que ce soit d'autre ».
On sent à quel point il souffre de s'être éloigné de l'essence première de ce qu'est un blog. Je le comprends.
Une autre particularité du blog, c'est l'importance de la conversation (à travers les commentaires), du réseau, des liens, du temps passé sur Internet tout simplement.
Donc oui, le blog est un média, mais non, ce n'est pas un journal. Ce n'est pas forcément un média amateur, certains blogueurs vivent déjà de leurs recettes publicitaires, et certains blogueurs font des travaux de fonds et délivrent des conseils avisés et des analyses pertinentes.
Et si de nombreux journalistes professionnels sont aussi blogueurs et vice-versa, je pense que c'est normal, car les journalistes ont souvent plusieurs « casquettes » dans les médias, et nombreux sont ceux qui font de la télé et de la radio en même temps, ou de la radio et de la presse écrite en même temps ... Et le blog, c'est un média.
En somme, non, la limite entre journaliste et blogueur pro n'est pas flou. Le débat blogueur-journaliste et ses querelles n'ont pas de sens à mon avis. Ce qui n'empêche pas d'être journaliste ET blogueur.
Je sais que ce débat est une passion de longue date mais il est un peu stérile, enfin de compte.
On peut citer ici un article de Presse-Citron, blog tenu par Eric Dupin, blogueur professionnel, et qui résume très bien la chose :
« Je ne sais pas s'il existe une définition précise et comparative de ce qu'est un journaliste par rapport à un blogueur, mais si je devais expliquer ça au proverbial extra-terrestre qui viendrait de poser son vaisseau sur ma terrasse et qui me demanderait comment distinguer l'un de l'autre (il parait que c'est le principal sujet de préoccupation des aliens actuellement), je lui donnerais cet indice simple et à la fiabilité imparable :
- un journaliste ne parle jamais à la première personne (ou alors c'est un éditorialiste)
- un blogueur parle toujours à la première personne
Au-delà de cette tentative - un peu courte - de distinction, et même si les frontières s'estompent, il y a quelque-chose de l'ordre de l'indéfinissable qui ressort du travail journalistique : le recul et la mise en perspective. Vous savez, ce petit truc en plus qui vous fait dire immédiatement, et sur un même sujet, que “ça fait pro”.
Je compare souvent cette sensation à celle que l'on peut éprouver au regard de deux photos d'une même scène, la première faite par un photographe professionnel (ou aguerri), et la deuxième par un amateur : pas de différence technique fondamentale entre les deux clichés, mais pourtant, sans que vous sachiez dire exactement pourquoi, le premier vous parle et raconte quelque-chose, alors que le deuxième est plat et muet.
La différence n'est pas que technique (même si on peut là aussi rapprocher ceci de la technique journalistique) : comme le photographe professionnel, le journaliste a su capter l'essentiel et composer le tableau de l'information à sa façon, pratiquant habilement une sorte de subjectivité... objective (ou invisible).
Avec la profondeur de champ nécessaire et une maîtrise du flou avérée.
Cette patine invisible est celle qui fait que chaque mois je dévore avec grand appétit la presse informatique alors que la plupart des sujets qui la composent ont déjà été vus et lus mille fois au cours des semaines précédentes sur le web : je sais que j'y trouverai parfois d'autres informations, mais surtout le recul, et cette fameuse mise en perspective, cette structuration de l'info, cette écriture journalistique qui font parfois défaut à notre bon vieux web ultra-factuel.
Effectivement, je ne suis pas journaliste, je n'ambitionne pas de l'être, mais je ne suis pas contre essayer d'appliquer certaines des bonnes pratiques de ce métier, dans la perspective d'améliorer la qualité rédactionnelle et informative de Presse-citron.
Y a pas de mal à se faire du bien. »