Mon programme d'hier, mis à part les réflexions sur la typologie wébérienne des légitimités politiques re-re-rabâché en cours de science politique et un cours en revanche passionnant de droit, se terminait par une petite escapade aux
beaux-arts de Paris (
Wiki) après ma journée de cours. En effet, notre prof de photographie est diplômée de l'ENSBA, et nous permet d'accéder à l'école, aux conférences mais surtout à la bibliothèque des beaux-arts.
Je pointe donc mon nez curieux rue Bonaparte, à 5 minutes à pied de Sciences Po, et découvre un sublime et étendu bâtiment, une cour intérieure grandiose, de l'espace, des perspectives. L'entrée est donc impressionnante. Une fois à l'intérieur, mon impression ne se dément pas : bâtiments anciens, magnifiques et bigarrés : c'est grandiose et chargé d'Histoire, avec une grande verrière comme patio central dans la bâtisse principale. Il y a également plusieurs cours intérieurs (comme au lycée Hoche), avec de la végétation et des petites fontaines : ça fait très college anglais old school genre Oxford, ou monastère zen, au choix.
Si on fouine un peu dans les recoins et les couloirs annexes comme je l'ai fait, c'est tout de suite un peu plus miteux, avec des cages d'escaliers tagués et griffonnés dans tous les sens et des murs qui s'émiettent. L'école est aussi un joyeux bordel, car des espèces de salles/ateliers complètement chaotiques parsèment les lieux. On retrouve dans ces pièces, pêle-mêle, des matériaux d'arts déco (pots de peinture, carton, bois, pinceaux, outils en tous genres, sculpture, mini-maquettes, chaises, vieilles photos. J'ai crû comprendre que ces salles étaient le lieu des "cours d'atelier", où l'on apprend des techniques comme forge, moulage, peinture à l'ancienne, sérigraphie, peinture sur bois ...
Les bâtiments sont grands et il y a de quoi s'y perdre comme je l'ai fait.
J'ai terminé mon petit tour par la bibliothèque. Elle est très petite (en tout cas comparée aux bibliothèques parisiennes que je fréquente : celle de Sciences Po (qui a 5 étages), Sainte-Geneviève, Beaubourg, la BNF ...). Cependant, quelle classe ! Une bibliothèque magnifique, style ancien, avec boiseries, liseuses vertes à l'ancienne comme dans les facs Ivy League ou Oxbridge, étagères tout en hauteur ... Et quasiment personne. En effet, en pleine semaine, un après-midi, il y avait à tout casser une dizaine de personne dans la bibli. D'où une ambiance résolument calme, à tel point qu'un éclair de culpabilité vous traverse dès que vous faites craquer le parquet. J'ai demandé à la conservatrice, apparemment c'est parce que les étudiants n'ont que très peu de temps qu'ils ne viennent que rarement à la bibliothèque pourtant réputée des beaux-arts ... C'est en tout cas très reposant, un silence absolument parfait, et tous ces bouquins parlant d'art, de peinture contemporaine, de photographie ... Il y a des dizaines de milliers d'ouvrages, les sujets sont pléthoriques, des images pleins les yeux.
Je suis toutefois ressorti de cette bibliothèque avec un goût un peu amer dans la bouche car je venais de voir trop de photos de tableaux d'art contemporain, art que j'aime bien mais dont ma tolérance à ce dernier est limité quantitativement et temporellement (et une heure et demie à nager entre Pollock, Ernst, et le dernier surréalisto-constructiviste post-moderne qui veut "repenser la contemporanéité de nos sociétés modernes à travers l'analyse archéologique et historique des relations entre architecture, art performatif et figurations de la réalité", vous vous doutez bien que j'étais pas HYPER A L'AISE). Pour une fois, je ne suis pas sorti frustré d'une bibliothèque ! Je me suis en effet vraiment dit que les beaux-arts, ça n'était clairement pas pour moi : mon intérêt pour la chose n'est pas assez prononcé, je n'ai jamais été baigné dans ce milieu artistico-culturel un peu intello (et dieu sait que putain, c'est intello les beaux-arts), je n'y ai aucune intuition, et surtout, ça ne m'inspire rien. Sauf peut-être la photographie, qui touche beaucoup plus ma sensibilité. C'est sympa, j'aime beaucoup les musées, mais je n'en n'aurai sûrement pas fait mes études, encore moins mon métier.
Quant à la population exotique qui peuple ces locaux prestigieux, elle n'a confirmé qu'à moitié les clichés monstrueux que j'avais sur "l'étudiant de Beaux-Arts". Le cliché de départ que j'avais avant de rentrer c'était : un type (ou une fille) hyper sophistiqué, à l'attitude rêveuse et sophistiqué elle-aussi, avec plein de théories humanistes et universalisantes sur le monde, "l'art comme communion universelle de l'expression de notre humanité blabla". Si c'est un homme, il est légèrement efféminé, si c'est une femme, elle est féministe, fume, et a une attitude légèrement masculine. C'est bien sûr une personne élégante et raffinée, qui parle toujours à voix très basse, les cheveux longs sur la gueule, une petite trousse en cuir stylée, souvent une grande écharpe, des lunettes à cadre épais de bobo, et un look "original" si mainstream dans l'école qu'il n'a d'original que le nom.
En fait, c'est un individu qui a un look complètement déjanté, et pour le coup si original que c'en est ridicule. Ils ont des fringues trouées et poussiéreuses, des coiffures loufoques, certains ne ressemblaient vraiment à rien. Une majorité tient la route, mais il y a un certain nombre d'énergumènes avec des breloques bigarrées, agencées de manière compliquée, l'air un peu crasseux, les cheveux en bataille, comme s'ils venaient de passer un mois en retrait dans leur atelier de sculpture, sans contact direct avec la civilisation, un peigne, un rasoir, ou même de l'eau ! Allez, je charrie, ces gens sont sûrement passionnants, avec pleins de projets en tête
;) (ils ont l'air en tout cas très inspirés, tout occupés qu'ils sont à lire des bouquins de peinture néo-amérindienne ou à dessiner dans un coin du jardin de l'école).