Plaidoyer pour la subjectivité

"Un mythe prodigieusement répandu à propos du journalisme moderne est celui de l' « objectivité ». Allez savoir pourquoi, chez nous, toute personne qui écrit est censée être objective - c'est la première exigence de la société vis-à-vis des journalistes. Or, si en tant que lecteur, je veux me faire une idée objective des processus politiques en cours, je dois lire la chronique de Vitali Ivanov dans Vzigliad, puis celle de Leonid Radzikhovski et encore une douzaine d'autres dans différents journaux. C'est la confrontation de divers points de vue qui crée l'objectivité tant désirée. Elle se fabrique dans l'esprit de chacun ; personne ne peut vous l'apporter sur un plateau. Le fait de ne pas comprendre cela a transformé l'exigence, a priori juste et fondamentale, d'une « presse objective » en Russie en son exact contraire – un instrument répressif, un moyen de bannir toute liberté de pensée dans les médias. Dans la pratique, les journaux ne souhaitent pas avoir de problèmes avec le pouvoir, ils veulent éviter d'agacer leurs lecteurs ou leurs annonceurs, ce qui les empêche d'exprimer la moindre opinion tranchée. Dans ce contexte, « objectivité » signifie servilité, absence de conviction, d'intelligence, de sens, brassage d'air stérile.

Les « faits objectifs » ne sont pas une absurdité, mais un euphémisme de fonctionnaire. Dès les années 1950, Roland Barthes, analysant la presse française, notait que le terme « Dieu » signifiait généralement « le gouvernement français ». Il en va de même en Russie. Lorsqu'un fonctionnaire parle de « faits objectifs », cela veut dire « faits dans leur version approuvée par l'administration régionale ».

Ce glissement perfide qui fait que tout journaliste « doit d'abord être objectif » arrange tout le monde, ou presque : le pouvoir, le monde des affaires et le grand public. La notion d'objectivité s'est transformée en piège et l'exigence d'objectivité tourne à la parodie objectiviste. La plupart des journalistes, soumis à ce que l'on appelle les lois du marché, sot contraints de jouer le jeu et, afin de conférer à leurs articles des allures « objectives », d'employer de lâches procédés du type « d'un côté..., mais, de l'autre... ». Non seulement ce jeu n'ajoute aucune objectivité, mais il vide souvent de son sens le travail du journaliste et désoriente le lecteur. De cette première grande illusion découle une seconde : l'idée naïve que le fait est un mètre-étalon, une unité de mesure de l'objectivité, l'élément fondamental sur lequel repose tout l'édifice du journalisme.

Pardon, mais dans la société de l'information où nous vivons, tout journaliste débutant est capable de trouver sur n'importe quel sujet, 200 faits bruts en faveur d'une thèse, et 200 autres contre, avec la même facilité. Le lecteur candide n'imagine pas que les faits on put être sélectionnés pour qu'on n'ai pas envie d'en connaître ni d'en chercher d'autres.

Pour faire simple, la première chose, et la plus importante, que vous doivent (à vous, la société) les journalistes, c'est la vérité. Or la vérité, pas plus que la conscience, n'appartient à la catégorie des notions objectives. Cela n'empêche nullement tout un chacun d'affirmer qu'il a raison ou qu'il connaît le fond des choses. La vérité n'est pas la même selon chacun, mais si on n'a pas le désir de porter sa propre vérité à la société, aucune vérité n'est alors possible. Aujourd'hui, seule la réputation, le professionnalisme, le talent de celui qui écrit peuvent être des gages d'intégrité et de crédibilité. « En Russie, seul un homme de talent peut écrire la vérité », a dit un jour le poète et publiciste Konstantin Kedrov.

Paradoxalement, l'opinion personnelle de celui qui écrit, avec toute sa subjectivité, remplit mieux la fonction essentielle des médias : la communication. Qu'il soit ou non d'accord avec l'auteur, le lecteur est en effet obligé de réfléchir au problème évoqué. Dans le journalisme russe, ce qui m'inspire le plus confiance en tant que lecteur, ce ne sont pas les faits eux-mêmes mais le point de vue sur ces faits, l'analyse d'un regard original, les arguments personnels. C'est ainsi que le journalisme d'auteur, subjectif, est actuellement le plus objectif de tous. Et je ne peux me fonder que sur l'avis d'un journaliste qui ne cache pas sa subjectivité. La principale garantie d'indépendance de la presse est justement l'engagement de ses acteurs, les journalistes. S'ils assument leurs sympathies et antipathies, cela signifie au moins qu'ils sont honnêtes envers les lecteurs.
"

Andreï Arkhangelski, chroniqueur du quotidien en ligne Vzigliad.
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# Posté le vendredi 19 juin 2009 09:55

Le média participatif, ou le symbole de la mouvance de l'info d'aujourd'hui

Agoravox, Wikipedia, Rue89, Mediapart, la blogosphère, les sondages du Figaro, les commentaires du monde.fr : le média participatif ou « citoyen » est en pleine floraison sur le net, Internet qui d'ailleurs est par essence participatif, se construisant peu à peu par les apports de ses utilisateurs : avec un bon milliard d'utilisateurs, le net a jamais été aussi riche, on peut y trouver à peu près tout sur n'importe quoi.
Les modèles éditoriaux de ces médias décentralisés sont-ils efficaces et légitimes ?
Ces moyens d'expression d'un genre nouveau, liés à l'émergence du Web 2, répondent en tout cas au besoin des citoyens de s'impliquer davantage dans l'actualité en exprimant leurs points de vue, en suscitant des débats publics argumentés. Ces sites participatifs préfigurent donc une nouvelle forme éditoriale, non plus centralisée autour d'un modèle pyramidal mais fonctionnant sur un modèle réticulaire, où chaque individu est à la fois consommateur et producteur du média. Le média participatif signifie-t-il la faillite du médium traditionnel ?

Je me demande si le fait qu'on tende vers un « demain, tous journalistes » est une bonne chose.

Je veux dire, on nourrit pas mal de vieux fantasmes là-dessus, le citoyen-journaliste, la fin du journalisme, mais également dans l'autre sens : la piètre qualité journalistique de la production des non-journalistes.

C'est vrai que quand on lit les commentaires sur les articles, finalement on se rend compte que pas mal d'entres eux sont inintéressants, ou alors juste drôles. Certes il y a d'excellents commentaires, et par exemple la blogosphère aura fait émerger d'excellents blogueurs comme Presse-Citron, mais globalement, ça ne vole pas haut. Cela peut recueillir des contenus intelligents tout comme de la grosse merde. On est tous excités à l'idée de proposer une tribune aux citoyens, mais force est de constater que l'on n'a pas encore trouvé ce fameux journaliste amateur, ce journaliste « citoyen ». Faut arrêter de déconner les enfants : journaliste, c'est un métier, d'ailleurs de plus en plus difficile (mais c'est un autre sujet), une occupation à plein temps.
En plus je me dis que le débat écrit n'est pas à la portée de tout le monde. C'est souvent le domaine d'une élite. On pourrait toutefois rétorquer que justement la démocratisation de l'info pourrait apporter une bouffée d'oxygène à cette sphère élitiste.
J'aime bien certaines émissions de radio sur l'actualité socio-économique, qui, bien conduites, mettent en valeur de bonnes participations, et des questions pertinentes, souvent de professeurs, ou de spécialistes auditeurs comme les autres.
Parfois aussi, c'est important d'avoir non pas tant des analyses que des témoignages, sans opinions. Cela apporte une image concrète, brute du réel. C'est toute la valeur du partage d'expériences. Mais pour cela il faut un travail de mise en valeur de cette participation, d'animation, d'accompagnement. La participation, je pense que ce n'est pas le journalisme citoyen, mais plutôt le journaliste qui voit le non-journaliste comme source d'information, plus vivante et proche de la réalité et du quotidien de l'audience.
Juste une page de commentaires, en friche, c'est inutile. Il faut formater, éditer, animer, lui donner une vraie valeur informative. Ne pas supprimer les commentaires, donc, mais promouvoir les meilleurs par exemple, dans la mesure où il y a de tout dans les commentaires, du plus lumineux au plus nul, du drôle au plus agressif, du plus informé au plus naïf.

On va de toute façon dans le sens d'une démocratisation de l'info, et le participatif multiplie les sources d'information. Les journalistes devraient-ils simplement filtrer et vérifier l'information, plutôt que de la produire et de la rédiger ? Je pense que le journalisme est un artisanat rigoureux qui consiste à recouper, à vérifier, à filtrer et contextualiser pour donner de la valeur informative à un fait. Est-ce possible dans un média participatif ?

Et vous ? Les expressions « intelligence collective et « participation populaire » vous parlent-elles ? Comment s'y retrouver dans le boxon du média participatif ?
Ce qui est sûr, c'est que cette vision citoyenne de l'info revisite complètement les codes du journalisme.
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# Posté le lundi 15 juin 2009 16:46

Saisis un titre d'article ici !

Saisis un titre d'article ici !
A quand la séance de cinéma à 3¤ et l'album CD (physique) à 8 ¤ ? A quand la rémunération à plus de 50% des bénéfices pour les artistes ? A quand les DVD's à 12 ¤ ?

A quand une vraie offre de musique, de cinéma et de culture sur Internet, avec plusieurs formats disponibles, pas de DRM, plus de flexibilité, plus de plateformes ? Je pense qu'on peut encore aujourd'hui télécharger illégalement (ce que je ne fais pas, cela dit) en se prévalant de la pauvreté de l'offre et de la concurrence. C'est une hypocrisie que d'affirmer qu'il y a interopérabilité et richesse de l'offre de téléchargement.


C'est seulement lorsqu'on répondra à ces deux attentes - une baisse des prix bien plus drastique des prix que celle qui est en train de s'amorcer timidement face aux chutes de ventes, et une meilleure offre, plus riche, plus diverse, plus large, plus pratique - que je regarderais d'un bon ½il ceux qui critiquent le piratage.

Quant au projet de loi Hadopi, je reste sceptique. Le projet de loi instaure une série d'avertissements avant sanction, ce qui veut dire que tous les pirates continueront de pomper allègrement sur le net films et musique en toute impunité, en attendant simplement que quelqu'un les détecte - ce qui n'est techniquement pas si évident que ça, même pour les FAI (qui peuvent surveiller vos téléchargements mais pas nécéssairement prouver qu'ils sont illégaux), contrairement à ce qu'on peut penser.
Cela veut dire qu'il faudra que tous les pirates de France, soit des millions d'utilisateurs à surveiller et à scanner, se fassent attraper une fois au moins pour endiguer le piratage.

Les ayants droit (Sacem, SACD) ont du boulot.
# Posté le lundi 09 mars 2009 09:19

Je n'aime pas Slumdog.

Je viens de lire cet article d'Arundhati Roy qui a été publié dans le journal Dawn à Karachi. C'est une critique très éclairée du maintenant célèbre Slumdog Millionaire. Je n'en dis pas plus, je vous laisse lire et juger.
Pour info, l'auteur est une essayiste et militante indienne qui ½uvre pour les droits des plus défavorisés et écrit régulièrement dans la presse.


Pour ma part, j'ai aimé ce film comme un simple divertissement sans prétention, et son souvenir s'est vite perdu dans la masse des nombreux films que je vois. J'ai halluciné quand j'ai entendu les nominations aux oscars. Et j'ai été encore plus surpris à la lecture de cet article, parce qu'il met en évidence des aspects du film que j'avais complètement survolé, moi et mon regard français et occidental habitué à ce genre de clichés et perversions cinématographiques. Bonne lecture.
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Depuis que Slumdog Millionaire a été récompensé par plusieurs oscars, tout le monde revendique une participation à ce triomphe, même le Parti du Congrès. La formation politique se targue d'avoir présidé à l'émergence de « l'Inde qui réussit ». Mais l'Inde qui réussit quoi ? Dans le cas de Slumdog Millionaire, la principale contribution de notre pays et de nos partis politiques est d'avoir fourni un environnement authentique et dramatique de pauvreté et de violence en toile de fond du film. Vous appelez ça une réussite ? Et faut-il s'en féliciter ? Avons-nous de quoi être fiers ? Franchement, c'est au-delà du ridicule. Le film n'accuse personne, ne demande de comptes à personne. C'est pour cela que tout le monde est content. Et c'est bien ce qui me dérange. Slumdog Millionaire ne contredit pas le mythe de « l'Inde qui brille » [slogan électoral du BJP, le parti nationaliste hindou, en 2004, ndlr], bien au contraire. Il se contente de « glamouriser » l'Inde qui ne brille pas. Ce film ne présente pas le même panache, l'humour ou l'aspect politique dont le réalisateur [Danny Boyle] et l'auteur du livre original [Vikas Swarup] témoignent leurs autres ½uvres. Il ne mérite certainement pas le déchaînement de passion qu'il suscite actuellement. Le scénario est simpliste et les dialogues plus que médiocres, ce qui m'a étonnée car j'avais beaucoup aimé The Full Monty (écrit par le même dialoguiste [Simon Beaufoy]). L'accumulation des stéréotypes, des clichés et de l'horreur font de ce film une version cinématographique d'Alice au pays des merveilles, sauf qu'ici il s'agirait plutôt de « Jamal au pays des horreurs ». Ce film a pour seul effet d'aseptiser la réalité. Les « méchants » qui kidnappent et mutilent les enfants avant de les vendre à des bordels me font penser à Glenn Close dans les 101 dalmatiens. D'un point de vue politique, le film décontextualise la pauvreté en en faisant un simple accessoire dramatique. La pauvreté est dissociée des pauvres, c'est un paysage, au même titre que le désert, une chaîne de montagnes ou une plage exotique. La pauvreté est traitée comme une fatalité, non comme le fait des hommes.

Tandis que la caméra se promène volontiers dans les bidonvilles, les créatures qui les peuplent sont sélectionnées avec soin. Choisir [pour les rôles principaux] un homme et une femme portant les marques physiques de leur enfance dans les bidonvilles, les séquelles de la malnutrition, de la violence et des épreuves qu'ils ont pu traverser n'aurait pas donné une affiche suffisamment attrayante. Le réalisateur a donc choisi un top-modèle indien [Freida Pinto] et un jeune Britannique [Dev Patel, qui joue dans la série Skins]. La scène de torture dans le commissariat de police est une insulte à l'intelligence du spectateur. La confiance émanant de ce jeune « chien des bidonvilles », si manifestement britannique, dépasse largement le policier, si typiquement indien, alors que c'est lui qui est censé avoir l'ascendant sur le jeune garçon. LA couleur de peau que les deux acteurs ont en commun ne suffit pas à masquer des différences plus profondes. Le problème n'est pas qu'ils soient bons ou mauvais acteurs, c'est une question de ton. C'est comme si les jeunes Noirs de ghettos de Chicago parlaient avec un accent de Yale. Bon nombre de messages sont ainsi brouillés dans le film. Il ne s'agit pas d'ergoter sur le réalisme de la production, de dire que le film n'aurait pas dû être tourné en anglais, ou d'affirmer sottement que des étrangers ne pourront jamais comprendre les mystères de l'Inde. Je pense que beaucoup de réalisateurs indiens tombent dans le même piège. Slumdog Millionaire n'est que la version bon marché du grand rêve capitaliste dans lequel la politique est remplacée par un jeu télévisé : une loterie dans laquelle le rêve d'un seul devient réalité tandis que celui de millions d'autres leur est refusé. Ces derniers se raccrochent à une chimère : travaillez dur, soyez gentils et avec un peu de chance vous pourriez devenir millionnaires. Selon certains spécialistes, le succès du film repose sur le fait que, à l'heure ou de plus en plus de riches Occidentaux sont menacés par la misère, les histoires de pauvres qui réussissent sont autant de messages d'espoir auxquels se raccrocher. Voilà une idée terrifiante. L'espoir devrait se fonder sur des choses plus solides.
Je n'aime pas Slumdog.
# Posté le vendredi 06 mars 2009 02:41

Jamel qui se tappe la belle journaliste aux yeux d'or, mais WHAT THE FUCK quoi ahahah

Chaque personne a ses repères dans la vie. Certaines permanences dans le monde qui nous entoure, des points de repérage dans la complexité qu'est la société moderne.

Des trucs aussi évidents que les africains sont noirs, les américains sont riches, on a plus froid après s'être baigné s'il y a du vent, il fait chaud dans le désert, la montagne c'est dangereux, les mathématiques sont l'incarnation du démon sur Terre, les femmes sont des manchots avec les voitures et les ordinateurs, les hommes sont des manchots avec ... les femmes, le cinéma c'est bien pour draguer, la drogue c'est mal,
Des repères physiques aussi : l'eau ça mouille, le feu ça brûle, quand on saute d'un toit la gravité nous fait tomber sur le sol.
Bref, tout un tas de connaissances qui nous permettent de mieux appréhender la réalité, et qui viennent construire notre vision du monde.


Et alors ?

Eh bien, c'est juste que ma conception cosmologique de l'univers et une de mes lois fondamentales et structurantes de mon appréhension de la réalité a été quelque peu bouleversée ces derniers temps par quelque chose, quelque chose qui fait que ça ne tourne pas rond. Un truc plus désaxant qu'une météore de 100 km de diamètre frappant la terre, de plus déstabilisant qu'un plaquage par Chabal, de plus renversant qu'un tsunami.

Quelque chose capable de déformer l'espace-temps, de balayer toutes les convictions que l'homme a pu avoir auparavant. De rendre humble Napoléon et Alexandre le Grand, capable de foutre une 5e dimension, de donner des dents aux poules et des ailes aux cochons.

Avant, j'avais deux grandes interrogations : pourquoi l'univers existe, et est-ce que je vais réussir à draguer la belle voisine d'en face.

















Bah, maintenant j'en ai 3 :
 Jamel qui se tappe la belle journaliste aux yeux d'or, mais WHAT THE FUCK quoi ahahah
# Posté le lundi 02 février 2009 14:44
Modifié le lundi 02 février 2009 14:58

La trahison des médias

La trahison des médias
La people-isation de la sphère politique est un désastre et m'attriste beaucoup.

Les journalistes trahissent la cause qui est censée être la leur, ils répondent de moins en mois à leur vocation originelle, c'est-à-dire offrir des grilles de lectures et des clés de compréhension pour décrypter l'actualité et sa complexité à l'heure de la mondialisation. Et non écrire un article sur le dernier fantasme en vogue.

Qu'importent les idées, seules les turpitudes sexuelles et autres vie affective à géométrie variable des politiques alimentent le débat.
Je m'en fous de la grossesse de Dati. Je m'en fous des vacances de Sarkozy. Je m'en fous du mariage de Sarkozy. Je m'en fous de la marque de la robe de Rama Yade ou de Mme Obama, je m'en fous de la vie privée des politiques, je me fous de leur orientation sexuelle, je m'en fous du salaire du président, je m'en fous des confessions de Carla, de la nouvelle vie de Cécilia, je m'en fous du nombre d'enfants de Ségolène Royal.

Un petit conseil aux politiques : garder un peu de vie privée putain ! Arrêtez de vous afficher, soyez pudiques bordel. Faites comme Besancenot, qui est certes un révolutionnaire utopiste, mais qui ne se fait pas prendre en photo avec ses gosses pendant qu'il achète le pain.

Un petit conseil aux journalistes : achetez-vous une putain d'éthique professionnelle. Je sais que vous devez faire du chiffre, mais là c'est la santé de la démocratie qui est en jeu.

Je rêve d'un monde meilleur où seul les mannequins et stars de cinéma feront les unes de Gala.
Où l'expression « se mettre à nu » ne sera jamais imprimé sur les pages des grands quotidiens nationaux.
Où les manifestants dans la rue critiqueront les conséquences des mesures d'immigration de Sarkozy, et non son salaire où la nature de ses vacances et de sa garde-robe. Où va-t-on putain ? Les politiques font ce qu'ils veulent je veux dire, c'est la faute des médias s'ils ont une « image » à assumer face au public toujours plus voyeur. Et si Dati affiche un message négatif pour le féminisme dans le monde, c'est pas de sa faute, c'est celle du journaliste qui en parle

Je rêve d'un monde où la une du Monde ne contiendra que des commentaires construits de l'actualité, et des analyses réfléchies sur les réformes politiques, la situation sociale de la France, ou encore sur le débat des idées dans la pensée de gauche.

Les médias français sont (globalement) merdiques. Et les français des sales petits voyeurs qui n'ont aucune conscience citoyenne (pour la majorité). Aucune limite à la jouissance de la révélation des secrets. Comme si tout connaître de l'autre permettait de mieux le comprendre.

Et voici qu'arrive le grand bal des pseudo-confessions à deux balles et des reportages glamour bidon sur la vie des politiques ou des journalistes du 20 heures. L'introspection des grands de ce monde, je n'en ai rien à carrer. Obama peut être fétichiste des pieds ou amateur de Cognac, Sarkozy aimer le luxe et les Ray-Ban, PPDA avoir des enfants illégitimes, and so ? What the fuck ? Ca les empêche de faire correctement leur taff ?

Rien de pire dans une démocratie que cette illusion de proximité émotionnelle avec les personnes médiatiques. C'est dingue qu'aujourd'hui, les politiques ont peur de paraître d'être des sans-c½ur. Je suis nostalgiques de la posture « d'homme d'Etat », distant et responsable, qu'avait De Gaulle. On a peur d'être hautain, aujourd'hui, il n'y a qu'à voir les accusations portées sur Obama, « l'élitiste ». Moi, je veux, justement de ces hommes, je veux des experts à la tête de l'Etat, je veux des gens plus cultivés et plus compétents que moi, et je trouve ça normal.

Convier des hommes politiques dans les émissions de variétés (On ne peut pas plaire à tout le monde, Le Grand Journal, Vivement Dimanche, Salut les Terriens ...), ça me tue ! Comment discuter des idées en 50 minutes entrecoupées d'intermèdes musicaux et publicitaires ? Alors oui, on voit le sourire de Xavier Bertrand et la robe de Dati, mais c'est tout.

Une petite citation est assez explicite sur ce sujet :

« Mettre en scène, faire du spectacle pour accrocher le lecteur, l'auditeur, le téléspectateur, décrétés incapable du moindre effort intellectuel pour s'approprier une information de qualité » (Yves Agnès in Le Grand Bazar de l'info).




On a les stars qu'on peut.
# Posté le dimanche 01 février 2009 06:05
Modifié le dimanche 01 février 2009 14:42

Mystique de la culture

La culture, c'est comme la confiture : moins on en a, plus on l'étale.

La culture, la culture, la culture générale, le ministère de la culture, le théâtre et la culture, la politique culturelle du gouvernement, patrimoine et culture, toujours culture culture culture !

Un mot qu'on utilise à tort et à travers, chargé qu'il est de toute une mystique incompréhensible qui aboutit à une distorsion de son sens premier.

Parce qu'au fond, la culture, c'est quoi ? C'est l'ensemble des connaissances acquises dans un domaine. Donc vous voyez à quel point c'est large : on peut avoir une culture de l'équitation, du récurage de salle de bain, une culture sur l'informatique, une culture sur le point de croix ou la manière de bien cuire les brocolis. C'est le savoir et l'érudition sous toutes ses formes.

Si on veut un sens encore plus large et englobant du mot culture, on pourrait le définir de la manière suivante : c'est l'ensemble des aspects intellectuels, artistiques, idéologiques, civilisationnelles d'un groupe ou d'une société particulière. Donc vous imaginez tout ce que ça englobe !!

Alors, je me demande bien pourquoi il n'y a qu'en allant au théâtre, au musée, aux concerts, ou en lisant Proust qu'on ait le droit d'affirmer se cultiver !

Pourquoi, aujourd'hui, la culture n'est synonyme que d'art, d'architecture et de musique ?

La culture, comme je le disais précédemment, c'est bien plus ! Être cultivé, ça ne veut rien dire, si ce n'est "posséder une culture classique". C'est-à-dire la culture universitaire, chiante. C'est citer Tocqueville et Maupassant dans les dîners mondains, connaître la bataille de Marignan et savoir parler allemand. Génial.

Honnêtement, ce n'est pas cette culture dont la société a besoin aujourd'hui. Maintenant, c'est des savoirs d'informatique, de networking, de marketing, des connaissances de droit, de design et de dessin, de l'érudition en génétique, en publicité, en écologie, des savoirs en relations humaines.
Pourquoi ne dis-t-on jamais d'un scientifique qu'il est cultivé ? La culture serait un privilège des lettres classiques et humanités ? Pourtant, on a jamais eu autant besoin des scientifiques à l'heure où les technologies nous envahissent.

Ou alors, serait-ce ce "petit charme" de la bourgeoisie qui fait le petit plus en société où dans les concours des grandes écoles ?

Bullshit. J'ai sûrement plus appris à la téloche que dans les bouquins.
Mystique de la culture
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# Posté le samedi 31 janvier 2009 11:58

Blogueur journaleux

Blogueur journaleux
Le blog est un parent du journalisme de par sa forme écrite, et de nombreux blogs sont crédibles dans leur analyse de l'actualité sous toutes ses formes. Le blog emprunte également des pratiques journalistiques (éditorial, mise en exergue de texte dans une interview, séries récurrentes, les brèves ...), et en fin de compte, on peut dire qu'il construit les médias d'aujourd'hui. On peut donc légitimement se demander si le blogging est un journalisme ? (Sartre, sors de ce corps !)

J'ai remarqué que les lecteurs d'actualité ont des attentes complètement différentes en fonction du fait qu'ils lisent un blog ou un journal. Avec une feuille de chou dans les mains, ils attendent des articles informationnels, concis et impersonnels, sans dérapage, avec le plus souvent des analyses rigoureuses et documentées de l'actualité, afin de se doter de clés de compréhension du monde pour mieux évoluer dans cette complexité qui caractérise notre époque.
En lisant des blogs (de n'importe quel domaine), les lecteurs sont en revanche friands de témoignages et d'histoires. Plus il y a d'apartés et d'anecdotes, plus le style est personnel, et plus le lecteur a plaisir à lire le blog. Car un blog n'a généralement qu'un seul rédacteur, et c'est lui qu'on s'imagine en train de parler. L'auteur d'un article de journal nous importe peu, tandis qu'on a davantage tendance à s'identifier à un blogueur. Un blogueur met de l'humain dans ses textes, et ne délivre pas des articles froids et impersonnels. Mettre ça et là des formulations décontractées et familières, quitter le style académique, voilà sans doute un des propres du blog face au journal. Le blog se prête beaucoup plus aux petites notes d'humour.

Le crédit du blog par rapport au journal, c'est donc ce ton intime et personnalisé, c'est cette approche complètement différente de l'information. Je suis très attaché, personnellement, à cette liberté de ton, cette absence de contrainte éditoriale. Un blogueur n'a pas de rédac'chef sur le dos, on peut s'exprimer librement et facilement sur les sujets qu'on a choisi, avec l'angle qu'on veut.
On voit bien à quel point les blogueurs sont attachés à cette liberté. Versac par exemple qui gueule car il en a marre de l'étiquette de « blogueur influent » qui l'oblige à adopter un ton un peu plus journalistique, moins de blagues, moins de méchancetés, face au trafic de son blog. Il le répète lui-même « je suis quelqu'un, qui bloguait depuis plus de cinq ans, à son rythme, selon ses contraintes, livrant billets sérieux ou pas, déconnades et liens, remarques, à des degrés divers. Sans jamais avoir prétendu à quoi que ce soit d'autre ».

On sent à quel point il souffre de s'être éloigné de l'essence première de ce qu'est un blog. Je le comprends.
Une autre particularité du blog, c'est l'importance de la conversation (à travers les commentaires), du réseau, des liens, du temps passé sur Internet tout simplement.

Donc oui, le blog est un média, mais non, ce n'est pas un journal. Ce n'est pas forcément un média amateur, certains blogueurs vivent déjà de leurs recettes publicitaires, et certains blogueurs font des travaux de fonds et délivrent des conseils avisés et des analyses pertinentes.

Et si de nombreux journalistes professionnels sont aussi blogueurs et vice-versa, je pense que c'est normal, car les journalistes ont souvent plusieurs « casquettes » dans les médias, et nombreux sont ceux qui font de la télé et de la radio en même temps, ou de la radio et de la presse écrite en même temps ... Et le blog, c'est un média.

En somme, non, la limite entre journaliste et blogueur pro n'est pas flou. Le débat blogueur-journaliste et ses querelles n'ont pas de sens à mon avis. Ce qui n'empêche pas d'être journaliste ET blogueur.
Je sais que ce débat est une passion de longue date mais il est un peu stérile, enfin de compte.
On peut citer ici un article de Presse-Citron, blog tenu par Eric Dupin, blogueur professionnel, et qui résume très bien la chose :

« Je ne sais pas s'il existe une définition précise et comparative de ce qu'est un journaliste par rapport à un blogueur, mais si je devais expliquer ça au proverbial extra-terrestre qui viendrait de poser son vaisseau sur ma terrasse et qui me demanderait comment distinguer l'un de l'autre (il parait que c'est le principal sujet de préoccupation des aliens actuellement), je lui donnerais cet indice simple et à la fiabilité imparable :

- un journaliste ne parle jamais à la première personne (ou alors c'est un éditorialiste)
- un blogueur parle toujours à la première personne

Au-delà de cette tentative - un peu courte - de distinction, et même si les frontières s'estompent, il y a quelque-chose de l'ordre de l'indéfinissable qui ressort du travail journalistique : le recul et la mise en perspective. Vous savez, ce petit truc en plus qui vous fait dire immédiatement, et sur un même sujet, que “ça fait pro”.

Je compare souvent cette sensation à celle que l'on peut éprouver au regard de deux photos d'une même scène, la première faite par un photographe professionnel (ou aguerri), et la deuxième par un amateur : pas de différence technique fondamentale entre les deux clichés, mais pourtant, sans que vous sachiez dire exactement pourquoi, le premier vous parle et raconte quelque-chose, alors que le deuxième est plat et muet.
La différence n'est pas que technique (même si on peut là aussi rapprocher ceci de la technique journalistique) : comme le photographe professionnel, le journaliste a su capter l'essentiel et composer le tableau de l'information à sa façon, pratiquant habilement une sorte de subjectivité... objective (ou invisible).
Avec la profondeur de champ nécessaire et une maîtrise du flou avérée.

Cette patine invisible est celle qui fait que chaque mois je dévore avec grand appétit la presse informatique alors que la plupart des sujets qui la composent ont déjà été vus et lus mille fois au cours des semaines précédentes sur le web : je sais que j'y trouverai parfois d'autres informations, mais surtout le recul, et cette fameuse mise en perspective, cette structuration de l'info, cette écriture journalistique qui font parfois défaut à notre bon vieux web ultra-factuel.

Effectivement, je ne suis pas journaliste, je n'ambitionne pas de l'être, mais je ne suis pas contre essayer d'appliquer certaines des bonnes pratiques de ce métier, dans la perspective d'améliorer la qualité rédactionnelle et informative de Presse-citron.
Y a pas de mal à se faire du bien.
»

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# Posté le samedi 31 janvier 2009 11:37

OUI, c'est la faute du prof d'éco

Je m'obstine à le dire et à le répéter :
OUI, je ne fais rien pour mes partiels
OUI, je vais avoir une sale note
mais NON, ce n'est pas ma faute

La situation est critique. A deux jours de l'exam d'éco, toujours pas la moindre révision. Suis-je un imbécile ? Un olibrius irrationnel ? Un incohérent temporel ?

Rien de tout ça. Je suis même un individu très rationnel. Trop rationnel. Prenons en compte les données suivantes :
1. il suffit de 10 pour valider son semestre
2. la note de contrôle continu compte pour 2/3 de la note

Donc si j'ai ne serait-ce que 12 de moyenne, il me suffit d'avoir 6 au partiel pour valider. (yerk yerk)
Et si j'ai 15 ou plus, je peux me taper un zéro magistral et pointé, ou disons 1 pour éviter une éventuelle note éliminatoire, et je valide quand même. (Jubilation)

Dans ces conditions, le coût d'opportunité des révisions est beaucoup (beaucouuup) trop élevé par rapport au supplément d'utilité que ça pourrait me rapporter.

(Surtout si on compare avec l'utilité de dormir, faire du piano, téléphoner, glander, ciné, café, soirée...)

Conséquence, sérieuse, de bonne foi, et en toute honnêteté : je ne fais rien, tout ça à cause de mon prof d'éco et de ses principes soi-disant trop merveilleux.

CQFD.
# Posté le jeudi 29 janvier 2009 12:06

La forme, c'est le fond qui remonte à la surface.
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# Posté le mercredi 28 janvier 2009 16:32