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Déménagement

Voilà, je clos ce blog car oui, je fais comme tout le monde, je passe sur blogspot. J'ai fait un tri des articles, supprimé le - désormais - superflu (super flux à l'époque), laissant un compte tout rond d'articles : 300. A tout de suite pour de nouvelles aventures bloguesques chez l'ami Blogger.
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#Posté le vendredi 22 avril 2011 23:14

Modifié le mardi 17 mai 2011 23:08

Les Merveilles de la Mer in Les Déserts de l'enthousiasme 1942, Jean-Francois Chabrun





Une charrue de soie noire déchire le ciel
Des oiseaux de racine étouffent lentement
Les ponts d'air jetés sur les fleuves du sang
L'horizon se resserre étrangleur d'océan
C'est la terreur mécanique
Le plomb panique du sommeil
L'oiseau l'étoile la jeune fille chargés d'âges

Une rue saigne comme un bras coupé
Sous des kilomètres d'ombre
Des maisons déchaînées désoeuvrées
Flottent entre deux eaux de cendre vive
Où des enfants jouent aux orages
Sur des raquettes de neige grise

Un poisson mon ennui
Mon beau desespoir de cristal
Faucon fidèle comme un aveugle
Comme un bel oiseau d'aveugle aux plumes aveuglantes
Comme un oiseau que la misère éblouit
Comme un oiseau flottant sur des déluges
Exténué s'engloutit
Et de son vol plus rien ne reste
Qu'un peu de sang
Sur le ciel souterrain du silence

De grandes routes ahuries 
Des boulevards somnambules
Mènent les foules à Luna Park
Où le scarabée de la minuit
Mâche douchement le coeur
D'une petite fille ensoleillée

Où des filles nées du vent
Fondent comme sucre au goût des baisers

Où des horloges décapitées
Vendent leurs aiguilles à midi

Châteaux changeants châteaux de brume
Un peu de temps mêlé de sable
Et c'est l'avalanche des promesses
L'au revoir infatiguable des marées
Le lendemain certain de l'horizon

Depuis de longues années déjà un insecte aux ailes d'acier
Vole vers la fenêtre où je guette
Derrière d'incassables carreaux plus sensibles que des regards

Où la fragilité de l'insolence traça 
Les infanables fleurs de gel de l'amour

cette nuit ma nuit s'en va
Il y a serré encore autour de sa taille nue
Le bras droit vide de mon armure
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#Posté le samedi 12 février 2011 02:04

update - citations cultes

Listes de mes citations cultes

"Je hais les indifférents. Pour moi, vivre veut dire prendre parti. Celui qui vit vraiment ne peut pas ne pas être citoyen ou partisan. L'indifférence est apathie, elle est parasitisme, elle est lâcheté, elle n'est pas vie." - Antonio Gramsci

"Sans la musique, la vie serait une erreur." – Friedrich Nietzsche

"Ce que je déteste le plus chez les anglais, c'est leur politesse excessive: ce sont les Japonais de l'Europe. Au lieu de dire clairement "allez vous faire foutre" ils prennent un air désolé et s'écrient "I'm awfully sorry Sir but I'm afraid it's not going to be possible at the moment". Il y a toujours un moment où l'extrême politesse rejoint le mépris total. Je préférerais qu'ils me disent "I'm awfully sorry Sir but I'm afraid you're going to have to go fuck your mother, indeed."- Frédéric Beigbeder, in L'égoïste romantique

"When I was a kid I used to pray every night for a new bicycle. Then I realized God doesn't work that way, so I stole one and prayed for forgiveness." - Emo Philips

"The only people for me are the mad ones, the ones who are mad to live, mad to talk, mad to be saved, desirous of everything at the same time, the ones who never yawn or say a commonplace thing, but burn, burn, burn like yellow roman candles exploding like spiders across the stars (...)" - Jack Kerouac

"Faites que le rêve dévore votre vie avant que la vie ne dévore votre rêve." – Antoine de Saint-Exupéry

"I looked and looked at her, and I knew, as clearly as I know that I will die, that I loved her more than anything I had ever seen or imagined on earth. She was only the dead-leaf echo of the nymphet from long ago - but I loved her, this Lolita, pale and polluted and big with another man's child. She could fade and wither - I didn't care. I would still go mad with tenderness at the mere sight of her face." – Humbert Humbert, in Lolita (Nabokov)

"I used to always think I had to have a reason to record my observations of the day, or even my emotions, but now I think simply being alive is more than enough reason. Unshackled !" - Douglas Coupland, in Microserfs

"Tandis qu'on attend de vivre, la vie passe." – Sénèque le Jeune

" La manière la plus profonde de sentir quelque chose est d'en souffrir." – Gustave Flaubert

"Le plus difficile ce n'est pas de commencer, c'est de continuer." - Albert Camus

" Et les hommes vont admirer les cimes des monts, les vagues de la mer, le vaste cours des fleuves, le circuit de l'océan et le mouvement des astres, et ils s'oublient eux-mêmes." - Augustin d'Hippone (dit Saint Augustin)

"J'ai accompli de délicieux voyages, embarqué sur un mot." - Honoré de Balzac

"Without culture, no men. We are, in sum, incomplete or unfinished animals who complete or finish ourselves through culture - and not through culture in general but through highly particular forms of it." - Clifford Gertz

"Sometimes, you need to destroy something to save it. It's in the Bible ... Or the Constitution." - Jason Stackhouse, in True Blood

"It's been emotional." - Big Chris, in Lock Stock and Two Smoking Barrels

In omnibus requiem quaesivi, et nusquam inveni nisi in angulo cum libro." (J'ai cherché le repos dans tout l'univers et je ne l'ai trouvé nulle part que dans un coin avec un livre) - Thomas A Kempis, in Le Nom de la Rose

"Il n'est pas nécessaire de réussir pour persévérer, ni d'espérer pour entreprendre." - Devise de Guillaume d'Orange

"La vérité c'est une agonie qui finit pas." - Louis-Ferdinand Céline, in Voyage au bout de la nuit

"Nos seules vérités, homme, sont nos douleurs." - Alphonse de Lamartine

"How about a nice big cup of shut the fuck up ?" - Aurélien Hary

"C'est une erreur de croire que la passion, quand elle est heureuse et pure, conduit l'homme à un état de perfection ; elle le conduit simplement à un état d'oubli." - Victor Hugo

"L'Art est long et le temps est court." – Charles Baudelaire

"Chassez le naturel, il revient au galop." - Dicton français

"Le rock français, c'est comme le vin anglais." - John Lennon

"Tous les malheurs des hommes commencent dès que finissent leurs échecs. A partir de ce moment, ils ne redoutent plus de se perdre, et ils trahissent leur nature, et se perdent. On ne prospère que dans un bourbier ; on s'enlise sur le trône. Les plus grands vaincus sont ceux qui ont réussi. Car tous les vices réunis dans un seul homme ne sauraient le pervertir autant que la gloire. " - Emil Cioran

"Ce monde, tel qu'il est fait, n'est pas supportable. J'ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l'immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde." - Caligula

"A cynic is a man who knows the price of everything and the value of nothing." - Oscar Wilde

" - Vous savez, moi je ne crois pas qu'il y ait de bonnes ou de mauvaises situations. Moi si je devais résumer ma vie, aujourd'hui, avec vous, je dirais que c'est d'abord des rencontres, des gens qui m'ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j'étais seul chez moi, et c'est assez curieux de se dire que les hasards, les rencontres forgent une destinée, parce que quand on a le goût de la chose, quand on a le goût de la chose bien faite, le beau geste, parfois on ne trouve pas l'interlocuteur en face, je dirais le miroir qui vous aide à avancer alors ce n'est pas mon cas comme je le disais là, puisque moi au contraire j'ai pu et je dis merci à la vie, je lui dis merci, je chante la vie, je danse la vie, je ne suis qu'amour, et finalement quand beaucoup de gens aujourd'hui me disent : Mais comment fais-tu pour avoir cette humanité ? Et bah je leur réponds très simplement, je leur dis : c'est ce goût de l'amour, ce goût donc qui m'a poussé, aujourd'hui, à entreprendre une construction mécanique mais demain, qui sait, peut-être, simplement à me mettre au service de la communauté, à faire le don, le don de soi ... " Le scribe Otis, in Astérix et Cléopâtre.

"Je ne crains pas la mort. J'ai été mort durant des milliards d'années avant ma naissance et je n'en ai pas souffert le moins du monde." – Mark Twain

"La vie est un mystère qu'il faut vivre, et non un problème à résoudre." – Gandhi

"Comment peut-on apprendre à se connaître soi-même ? Par la méditation, jamais, mais bien par l'action." – Gandhi

"L'amour donne de l'esprit aux gens bêtes. C'est sans doute celui qu'il ôte aux gens d'esprit." - Alphonse Karr

"Tout ce que tu ne sais pas donner te possède." – André Gide

"Un monde à la fois, mon père" - Mark Twain, au prêtre envoyé pour lui appliquer les derniers sacrements et qui vient de lui dire de se préparer pour l'autre monde

"Downloading doesn't kill the music. It kills the music business. Kill them all." – Thurston Moore

"Ce qui est mystique ce n'est pas comment est le monde, mais le fait qu'il est." – Wittgenstein

"La solitude est très belle ... quand on a près de soi quelqu'un à qui le dire. " – Gustavo Adolfo Bécquer

"L'amour commence par l'amour ; et l'on ne saurait passer de la plus forte amitié qu'à un amour faible." - Jean de La Bruyère

"When an American says that he loves his country, he means not only that he loves the New England hills, the prairies glistening in the sun, the wide and rising plains, the great mountains, and the sea. He means that he loves an inner air, an inner light in which freedom lives and in which a man can draw the breath of self-respect." - Adlai Stevenson

"Those who can't do, teach. And those who can't teach, teach gym.” - Jack Black as Dewey Finn, School of Rock (même si initialement, Woody Allen as Alvy Singer, in Annie Hall) 

"As we know,
...There are known knowns.
There are things we know we know.
We also know
There are known unknowns.
That is to say
We know there are some things
We do not know.
But there are also unknown unknowns,
The ones we don't know
We don't know."
—Feb. 12, 2002, Department of Defense news briefing, Donald Rumsfeld, Fmr. Sec. of Defense

"She doesn't quite chop his head off. She makes a pez dispenser out of him" - Dwight, Sin City

"Stavogrine: - Vous croyez à la vie éternelle dans l'autre monde?
Kirilov: - Non mais à la vie éternelle dans celui-ci. " - Doistoïevski, in Les Possédés

"We live only to discover beauty. All else is a form of waiting." - Khalil Gibran

"L'oubli est la condition du bonheur." - ??

“Mais la solitude ce n'est pas vivre seul, c'est être incapable de tenir compagnie à quelqu'un ou à quelque chose qui est au fond de nous” - Saramago, in L'année de la mort de Ricardo Reis

"L'impossible, nous ne l'atteignons pas, mais il nous sert de lanterne." - René Char

"If I had a world of my own, everything would be nonsense. Nothing would be what it is, because everything would be what it isn't. And contrary wise, what is, it wouldn't be. And what it wouldn't be, it would. You see?" - Alice in Wonderland

"I have a place where dreams are born, and time is never planned. It's not on any chart, you must find it with your heart, Never Never Land." - Peter Pan

"Ce qui se passe dans les livres est tellement plus beau, plus grand, plus juste, plus désintéressé que ce qui se passe dans la vie." - Catherine Cusset

"Les c½urs des femmes sont comme ces petits meubles à secret, pleins de tiroirs emboîtés les uns dans les autres ; on se donne du mal, on se casse les ongles, et on trouve au fond quelque fleur desséchée, des brins de poussière — ou le vide !" – Flaubert

“When we are really honest with ourselves, we must admit that our lives are all that really belong to us. So it is how we use our lives that determines what kind of persons we are. It is my deepest belief that only by giving our lives do we find life. I am convinced that the truest act of courage, the strongest act of humanity is to sacrifice ourselves for others in a totally nonviolent struggle for justice. To be human is to suffer for others. God help us to be human.” - Cesar Chavez

“Il est grand temps de rallumer les étoiles.” - Guillaume Apollinaire

“La vie c'est tellement ... enfin bref.” - Ann Brashares

Et pour finir : "Par des citations on n'affiche que son érudition, on sacrifie son originalité." – Arthur Schopenhauer
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#Posté le jeudi 09 décembre 2010 20:37

Modifié le mercredi 19 janvier 2011 10:56

Full Metal Timetable

je vous présente le meilleur article jamais écrit sur lapeniche.net

Il y a des jours comme ça où il neige, où on glande en biliothèque en comptant les chênes en digérant son crudités-poulet et où on se retrouve en pleine guerre civile. Hier, les premières années procédaient à leurs inscriptions pédagogiques du second semestre et LaPéniche avait un envoyé spécial.

13H58: Confortablement installé au 5ème étage de l'Apple Store, j'étais confronté à un choix cornélien connu de nombreux sciences-pistes : exposé ou épisode de Chuck (HIMYM si on a moins de temps) ? La fenêtre Word et celle de streaming subissait le ping pong incessant de mon cerveau quand je tranchais pour un tour sur Rue 89 sur fond de Muse. Le temps que la page se charge, je ne peux m'empêcher un petit regard vers ma voisine à qui j'ai cédé généreusement ma place 15 min auparavant parce qu'elle devait faire « quelque chose d'important », volant avec plaisir une place réservée et vide depuis 1h30, c'est marqué bibliothèque ou vestiaire du gymnase à l'entrée, j'ai un doute. Elle semble stressée, je crois reconnaître une première année. Je continue ma lecture quand elle donne par mégarde un coup nerveux avec sa souris dans mon classeur. 18 ans et même pas fichue de cliquer droit, je fulmine : l'alcool fait des ravages dans notre jeunesse.

13H59: Deezer lance le live de Knights of Cyclodia (faites-le aussi, histoire de vous immerger), je me détends en hochant nonchalamment la tête et regarde à nouveau ma voisine qui semble carrément avoir peur. Un reporter du National Geographic se régalerait : la main crispée sur sa souris, les yeux injectés de sang fixés sur l'écran, les muscles contractés, la tête qui se rapproche, puis s'éloigne, elle attend le moment propice, elle se contient , un peu comme la femelle lionne qui attend cachée que l'antilope fasse un pas de plus pour la dévorer saignante, sauf que la lionne est encore une bleue. Se pourrait-il que...?

14H: La batterie de Muse s'emballe et la bibliothèque aussi. Comme une rumeur sourde qui se répand le temps d'un éclair, la folie s'empare de la salle. Le nombre de clics par seconde est impressionnant, ma voisine a sorti les crocs et est littéralement frénétique, je réalise enfin : bienvenue aux inscriptions pédagogiques des premières années. Alors mentalement, je l'encourage, ce qui donne un truc du un mélange de Guy Roux et un candidat de Fort Boyard : « Vite, allez, oui oui oui, tu l'as, vas-y, oui non t'as cliqué à côté merde tu fous quoi allez, tes appuis, travaille tes appuis, oui voilà bon chrono, donne tout ce que t'as, oh... oh... c'est bien oui... oui tu l'as, TU L'AS ta conf' championne, tu l'as !!!! »... La fréquence des clics ralentit... Désespoir? Jubilation? Manque de neurones? Je ne sais pas vraiment, mais elle est quand même blonde. Aïe, les sourcils se rejoignent, signe de panique, les soupires s'enchainent: détresse ?soulagement ? La chasse est ouverte, un vrombissement d'insectes transgéniques carnivores ou des chuchotements hargneux et jaloux – on ne sait pas trop – se répercutent aux quatre coins de l'Apple Store.

14h02: Un mec se mord les doigts dans son canapé, se retenant de faire la même chose sur sa voisine qui vient de lui chipper sa conf du mardi après-midi. Et là, c'est le drame. Les portes claquent, des talons résonnent comme une parade militaire dans cette atmosphère à la fois assourdissante de nervosité et en même temps d'un silence glacial. Une fille débarque comme en 44, bouquin d'histoire au fusil, l'air totalement désespérée, parachutée sur le village normand « 2 ème semestre » sans armes, et cours pour tenter d'arracher un ordinateur. « JE CHERCHE UN PC, JE CHERCHE UN PC !!! », ça ne sert à rien de crier joli-c½ur, il n'y a que des macs ici. Ah, enfin une lueur d'espoir, je distingue un sourire apaisé dans tout ce marasme. Raté, c'est juste un 2A qui regarde les photos de Miss France.

14h03: Je me gratte l'épaule. Je savais que j'aurais du laver ce T-shirt avant de l'essayer. Ton Deezer passe maintenant à « Dream is collapsing » d'Hans Zimmer.

14H04: Nouveau rebondissement. En face de moi, cachée derrière son 28 pouces, une petite brune aux bords des larmes. Vous pensez, j'allais courir la consoler, mais une sciences-pote s'en charge déjà. Bien sûr, elle n'en a rien à faire qu'on vienne l'aider, elle se contente de répéter « mais... mais... je suis pas inscrite, je suis pas inscrite !!! »... putain de guerre.

14h06: Les gestes se font plus apaisés à côté de moi, l'opération s'est bien passée au final, elle va pouvoir repartir finir sa permanence au BDE. Quoique, j'entends à nouveau les tambours (comment une souris peut-elle faire autant de bruit ?) des tentatives désespérées d'actualisation de page, quitte à ce que son engin s'enraye. On oublie le langage chatoyant des exposés et on introduit par « ah ben voilà super », on problématise subtilement par « mais c'est quoi ce bordel », première partie « c'est pas possible, non, il y a forcément une erreur », on argumente son malheur à coups de « putains » plaintifs , puis vient la deuxième partie axée sur « c'est foutu, là, je vois plus quoi faire » et on conclut sobrement par un condensé de toutes ces expressions achevées à tous les sens du terme par un « je vais me pendre » (sic). En face, le soutien psychologique des forces arrières est à présent bien en place. Sa copine prend l'air du sciences-piste amical et vraiment désolé, autant dire qu'elle compte se faire payer un ou deux verres au Bizuth (oui, prestation haut de gamme) pour ses conseils avisés et son étude de faillite : il faut commencer le consulting dès le plus jeune âge.

14H10: Les bruits d'armes automatiques se font à présent plus rares. Les voix sont plus aiguës, les respirations tentent de s'apaiser. L'orage est en train de passer alors on essaye de reprendre sa posture « trop cool » mais faussement décontractée parce que le palpitant est à 200 et que ça, c'est pas classe. Les regards commencent à se croiser, on compare les proies conquises à la chasse, on se croirait à la douche des mecs après le premier entraînement de rugby.

14H12: Le gros de la bataille est terminé. Quelques tirs furtifs mais les souris refroidissent progressivement. Il est temps pour le combattant de se connecter sur facebook pour partager ses souvenirs de guerre, sa névrose et autres traumatismes des champs de bataille. Certains passent des appels pour appeler les relations qu'ils ont essayé de tisser en 6 mois dans cet univers impitoyable, ce qui revient à parler de soi en faisant semblant d'écouter les malheurs de ses collègues. D'ailleurs, il reste quelques petites poches de résistances. Il y en a toujours qui veulent se battre jusqu'à la mort, qui n'ont pas compris que tout était joué et qui refusent de se rendre. Alors en face, la consultante a demandé du renfort à la base, et c'est maintenant un escadron Boutmy qui entoure la récalcitrante, lorgnant avec compassion sur l'écran où les horaires terribles obtenus clignotent entre deux actualisations de celle qui refuse obstinément de lâcher son arme, psalmodiant des « ça me saoule » au rythme de ses mouvements de tête. Ailleurs les secours s'organisent, on embarque sur des civières rousses en collants, décolleté hivernal et mini jupe des blessés qui délirent vers la machine a café... putain de guerre.

14H15: Rambette, sur les conseils de son équipe qui commence des simulations graphiques pour déterminer la meilleure stratégie de contre-attaque, dégaine son portable et pour le principe sort dans l'escalier pour aller incendier l'administration. Pour le principe parce qu'elle parle tellement fort et au vu du blindage des murs, c'est comme si elle était sur mes genoux. L'appel semble l'avoir rassuré, petit hochement aux membres de la Boutmy Team, qui se prennent dans les bras, tu sais, comme dans la salle de commande à Houston quand le satellite est « maintenant sur orbite, well done », et choisissent déjà leurs cocktails. Le champ de bataille est maintenant calme, la bibliothèque reprend ses droits, constitutionnels. Seuls les Macs noircis, des flaques de larmes, quelques tâches de sang et loques recroquevillées sur les canapés ou contre le mur rappellent l'intense carnage qui vient de s'accomplir. J'ai une petite pensée pour la fille perdue qui cherchait l'ordinateur, qu'est-elle devenue ? Peut être est-ce elle que je vois sauter par la fenêtre, mais peu importe, mon épisode de Chuck est à présent chargé.

19H12 et 42,43,44... secondes: Une fois rentré chez moi je me remémore avec un sourire paternel ces 18 min d'enfer auxquelles j'ai assisté. Je sors ma chemise blanche à exposé, mon petit sous pull noir (on est sciences-piste ou on ne l'est pas), mon boxer porte-bonheur. Je nettoie consciencieusement ma souris à aération automatique avec accéléromètre intégré pour une meilleure précision des mouvements et vérifie la puissance de ma connexion internet dont j'ai augmenté le débit il y a deux jours. Dire que ces gamins errent encore sûrement en haillons (100% coton et soie), l'½il hagard , préparant une manifestation dans le petit hall et un siège du secrétariat pédagogiques pendant que d'autres, fiers, fermant les yeux, attendent que quelqu'un décroche : « allo... maman... ça y est, j'ai réussi maman, j'ai suivi tes conseils et je... oui j'ai utilisé deux doigts pour cliquer tu as raison c'est plus efficace... maman... si tu savais (petite larme)... ce que j'ai vécu, je peux rentrer ce week-end ? ». Les vétérans eux, dans l'ombre, se préparent. Vendredi, ils seront enragés, armés des chaussettes en soie jusqu'au dents détartrées. Il y aura beaucoup de sang, des sciences-potes crucifiés sur l'hôtel des électifs et des Macs du voisin débranchés « par mégarde ». les heurts passent, seuls les héros et les conférences à 19h15 laissent une trace : alors toi qui lit ces lignes, es-tu prêt ?

Joseph Chapotte featuring Laura Le Saux
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#Posté le mercredi 08 décembre 2010 15:46

SOS


'Twas the night of First Big, and no one had slept,

Red Bulls were downed with students dancing to dubstep.

The chairs were set up in Freeborn with care,

In hopes that free schwag would be tossed in the air;

The staff were nestled backstage with their fingers crossed,

While they had visions of members catching what they had tossed;

Members brought their steeze, and I brought the beer,

And we all brought our hopes for good snow this year,

When finally the doors they opened without a fit,

And members filed in to win their free shit.



Away to the stage they flew like a flash,

Ran booth to booth to add to their stash.

The microphone boomed for everyone to sit down,

Then Doody ran around and danced like a clown,

When, what to my wondering eyes should appear,

But some free vibrators, wads of cash and a flask that holds beer!



With little nimble hands, so lively and slick,

Staff through out the schwag that was picked up REAL quick.

Once the scramble was over (it didn't take very long),

An informational video was soon turned on;

Members were informed of what the club had to give,

This is what we do, and this is how we live:

"Now, KEGS! now, DANCING! now, DUBSTEP and EXPERIMENTATION!

On, TAHOE! on RIDING! on, WIENERS and RAGING!



To the top of the mountain! to the very last call!

Now dash away! dash away! dash away all!"

As dry leaves that before have withered and died,

When they meet with a beer, mount to the sky,

Winter is almost here, you can feel it in the air,

With the cars full of people, playing padiddle on the way there.

Tahoe can be considered a magical place,

If you don't agree with us we might shit on your face.

Okay, we might not shit on your face but we can't stress enough,

If you wanna roll with the big kids you gotta be tough.

We have a lot of things that are planned

And it's lookin good this season,

And no, lil' mama, I ain't teasin'.

So get your passes now

to Alpine and Homewood,

Then roll with us DEEP and feel REAL good.

But first go to Ground Zero and get all your gear,

Dress up in fur, neon, skin - whatever, but don't forget the beer.

Bring your mustaches, mullets, beer coozies and cash,

We may act really slow but we live life fast.

So fill out those member forms,

write everything down,

Because if there's one thing we don't do,

ITS FUCK AROUND.
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#Posté le mercredi 27 octobre 2010 17:28

Dark Side Of The Lens

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Life on the road is something I was raised to embrace. Me Ma always encouraged us to open our eyes and our hearts to the world, make up our own minds for experience of being inspired.
I see life in angles, in lines of perspective, a slight turn of the head, the blink of an eye, subtle glimpses of magic other folk pass by. Cameras help me translate, interpret and understand what I see. It's a simple act that keeps me grin'n.
I never set out to become anything in particular, only to live creatively and push the scope of my experience for adventure, of a passion. Still all of it means something to me, same as most anyone with dreams.
My heart bleeds Celtic blood and I am magnetized of familiar frontiers: broad, brutal, cold coastlines for the right waveriders to challenge. This is where my heart beats hardest. I try to pay tribute to that magic through photographs, weathering the endless storms for rare glimpses of magic each winter is both a bless'n and a curse I relish. I want to see wave ride'n documented the way I see it in my head and the way I feel it in the sea.
It's a strange set of skills to begin to acquire. It's only achievable thru time spent riding waves, all sorts of waves, on all sorts of crafts... means more time learning out in the water. Floating in the sea amongst lonesome swell, you always learn something. It's been a lifelong wise old classroom teacher of sorts and hopefully it always will be. Buried beneath headlands, sunk in the coast, mind blowing images of empty waves burn away at me. Solid ocean swells powering thru deep cold water.
Heavy waves... waves with weight. Coaxed from comfortable routine, ignite the imagination, convey some divine spark. whisper the possibilities, conjure the situations I thrive amongst enough to document.
You'll take knocks in the process: broken backs, drownings, near drownings, hyperthermia, dislocations, fractures, frost bite, head wounds, stitches, concussions, broke my arm... and that was just the last couple of years.
Still look forward to getting amongst it each Winter though, cold creeping into your core, driving you mad, day after day mumbling to yourself as you hold position and wait for the next set to come. The Dark Side of the Lens - an art form unto yourself not us: silent workhorses of the surfing world. There's no sugary cliche. Most folk don't know who we are, what we do or how we do it... let alone want to pay us for it.
I never want to take this for granted, so I try to keep motivations simple, real, positive. If I only scrape out a living, at least it's a living worth scraping. If there's no future in it, this is a present worth remembering. For fires of happiness or waves of gratitude... for everything that brought us to that point in life, to that moment in time to do something worth remembering with a photograph or a scar, I feel genuinely lucky too - hand on heart - to say I love what I do.
And I may never be a rich man but if I live long enough, I'll certainly have a tale or two for the nephews. And I dig the thought of that. - By Mickey Smith

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#Posté le samedi 02 octobre 2010 13:57

Modifié le samedi 02 octobre 2010 14:07

Boris Vian - Je voudrais pas crever

Boris Vian
Je voudrais pas crever


Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rêver

Les singes à cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles

Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre

Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres

Je voudrais pas finir
Sans connaître la lèpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape là-bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne

Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaît
Le fond vert de la mer
Où valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifères

Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilà
Mon Ourson, l'Ursula

Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux

J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux

Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents

Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs

Tant de choses à voir
A voir et à z-entendre
Tant de temps à attendre
A chercher dans le noir

Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amène
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche

Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tâté
Le gout qui me tourmente
Le gout qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir gouté
La saveur de la mort...
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#Posté le mardi 31 août 2010 00:41

"Le courage, ce n'est pas de laisser aux mains de la force la solution des conflits que la raison peut résoudre(...). Le courage, c'est de supporter sans fléchir les épreuves de tout ordre, physiques et morales, que prodigue la vie. Le courage, c'est de ne pas livrer sa volonté au hasard des impressions et des forces(...). Le courage, c'est de comprendre sa propre vie, de la préciser, de l'approfondir, de l'établir et de la coordonner cependant avec la vie générale(...). Le courage, c'est de dominer ses propres fautes, d'en souffrir mais de ne pas en être accablé et de continuer son chemin. Le courage, c'est d'aimer la vie et de regarder la mort d'un regard tranquille ; c'est d'aller à l'idéal et de comprendre le réel ; c'est d'agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l'univers profond, ni s'il lui réserve une récompense. Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire ; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques"

Jean Jaurès, Discours à la jeunesse, 1903
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#Posté le mardi 31 août 2010 00:27

Patxi le blogueur de génie !

J'ai envie de vous présenter un blog hors du commun, "Amérique Latine te recuerdo" (traduction : Amérique Latine, je me souviens), celui d'un expatrié français qui a vécu pendant plus de 4 ans en Amérique Latine, et possède une plume virtuose et très inspirée.

Voici un de ses textes, ainsi qu'un de ses poèmes, pour que vous en jugiez par vous-même. Allez vous perdre un peu entre les pages de ce blog, pour ceux qui aiment comme moi ce continent fascinant, il n'y a que du bon.

Les voyages en autocar

A en juger par la petite carte colorée/plastifiée du Lonely Planet, et selon mes croquis et plans de route (forcément irréalistes) tracés à coups de flèches maladroites au bic rouge, le trajet allait être plutôt long.

A cette époque, rô la la, comment j'étais content de me faire 25 heures de tape-culs, comment j'étais content de prendre le premier venu pour la première ville venue, genre Lazaro Cardenas, genre Villazon, comment j'étais cap d'apprécier tout ça.

D'apprécier pleinement ces heures de trajet qui s'étirent et se déroulent sans fin, dans ces bus latinos pourris qui font partie de notre imaginaire depuis si longtemps (café El gringo, Nescafé, tout ça).
Au grès des rencontres, des imprévus, des paysages qui sont autant de questions intimes, ouvertes, de pistes à explorer; c'est la vie même qui passe et que l'on étreint avec gourmandise, sans forcément se le dire ou sans même le savoir tout à fait, dans ce gros FORD bi-motor d'un autre temps.

Il s'en passe des choses, à "l'intérieur" et "en dehors" de la vitre, évidemment.

Malgré le vacarme, ces drôles d'autocars qui sillonnent les pistes de terre ocre comme l'asphalte usée de la Panamericana, en long en large et en travers du continent américain, sont parfois, si l'on y met un peu du sien, de véritables salons de méditation (montés sur roues et puants, certes, mais des salons).

Quant aux routes, si on y songe, elles vous laissent à jamais cette impression que vous glissez, dans ce que l'on pourrait appeler, pour votre toute-toute première fois, l'expérience concrète et non fantasmée de l'Espace. Mieux, l'Infini, là, partout, et ce sentiment que l'on croit palper enfin.

Les grands espaces inhabités. La nature vierge, pure, minérale. La vie même, les étages écologiques, les troupeaux de ganado ou de vigognes, les saman et autres forêts de bois précieux, la vie même, traversée par ses millions de petites artères de macadam, de sables colorées et de terre battue. Pas un véhicule dans le sens contraire, pendant de longs moments.

Se déshabituer de notre géographie européenne si belle, si riche, si différente, si dense et quadrillée, les formidables dynamiques de peuplement de la vieille Europe, occupée, transformée par l'homme jusqu'au moindre recoin (sauf chez F. de Clermont, bien sûr) pour le pire et le meilleur.

Faire une concession bien temporaire à ces connards de hippies, et sentir cet élan, ce sentiment étrange de se reconnecter avec la puissance tellurique, primitive de la terre. Et savourer ce délicieux cliché, sans se soucier de savoir s'il est réel ou imaginé.

On découvre plein de choses essentielles en prenant la route. On met en mouvement tellement de choses, en voyageant.

A cette époque, j'aimais les bus, tous les bus, les petits tortillards ou les school bus bariolés comme on en prend en Equateur ou au Guatémala, comme les grands DE LUJO à deux étages, avec couchettes, comme on en prend au Mexique ou au Chili.

Je me suis certainement embourgeoisé, depuis, que voulez-vous... « Jodida » civilisation du véhicule particulier.

Rencontres avec le pays réel, enfin du moins des bouts du pays réel, en mouvement. Dans les gares routières. Dans les stations services. Dans les bus même. Le trajet compte autant que la destination, le chemin autant que le but.

Evidemment, ce sont les classes laborieuses qui prennent le plus souvent les bus. Mais pas seulement.

Les rencontres avec ces passagers « de 1ère classe » suffisamment riches pour le bus-couchette mais pas assez pour l'avion de ligne étaient elles aussi toujours fort intéressantes. Malgré l'obscurité, quasi-totale. Malgré le son nasillard, toujours trop fort, de « Shaolin Soccer contre les vampires », de « Légionnaire » avec Vandamme ou du dernier Steven Seagal (enfin « dernier », dernier de la grosse pile du moins, coincée contre la fenêtre du co-pilote somnolant), malgré tout ce bordel, on n'est pas à l'abri d'une rencontre farfelue, passionnante, toujours poétique.

Je n'avais pas sommeil. Le trajet allait être long.

Mon walkman passait Lhasa en boucle, cette Québécoise-mexicaine aux musiciens français (que je t'ordonne de ne pas interrompre quand elle s'élance). La Triple Entente parfaite.

Après avoir refait à la tronçonneuse le monde (politique) du continent avec une sorte de patron-syndicaliste à moustache, un trotsko-entrepreneur au magnifique chapeau de paille et aux gourmettes scintillantes, à mes côtés, et deux étudiants type Ingénieurs-Formatés-World-Company-mais-sympas en face (car il y avait des petites tables au milieu de ce bus, comme dans le TGV Atlantique qui me ramène chez ma mère, parfois) ; après m'être assoupi, heureux comme un Pape sans Clergé, tout ce petit monde descendit à la gare routière poussiéreuse de Tacnazoplan.

C'est précisément à Tacnazoplan que la famille modèle latino-américaine monta. Rôôô, le parfait petit casting de telenovela que voila...
Un jeune post-pubère, paisible ourson, enrobé de son ceinturon de graisse bonne enfant. Un MP3 criard qui fait déjà insulte à mon walkman à cassettes Panasonic bleu ciel. Une jeune fille, à tomber par terre. Une vieille dame. Et le Monsieur avec son p'tit chapeau et sa chemise blanche, impeccable. Vêtements de marque. Parfums odorants et voix assurées qui se superposent.
Immanquablement, Madame ouvre le feu.
Je joue le jeu. Passé les rituels d'usage, la discussion prend son rythme de croisière.
Plaisant.

A vrai dire, je me souviens surtout d'une sensation particulière : je répondais volontiers aux curiosités de Mr, causait même avec l'ado High tec, tâchais de m'intéresser à Madame. Pas de souci.

Mais dès que j'essayais de parler à la jeune fille, belle comme les blés, la vieille dame me coupait la parole, caquetait, me bombardait de questions et ne la laissait jamais répondre.

Le temps passant, la soumission de la demoiselle me parut être plus que de l'obéissance filiale...

Très vite, je sentis à vrai dire que ce n'était pas la fifille à sa maman: c'était une domestique, qui gardait anxieusement le silence.
La « muchacha », ou « empleada » de la famille.

Elle avait les yeux verts, en amande, et je crois qu'en dépit de sa vanité, qui sied parfaitement bien à ces gens là, la vieille femme ne pouvait ignorer à quel point la jeune fille était séduisante. Il y avait quelque chose de baroque, d'impénétrable dans leur association.
Cette vanité, cette morgue carnassière derrière le dentier d'un blanc éclatant, cette assurance bruyante à la limite de la discourtoisie, était tout à fait écrasante. Aplastante comme on dit en espagnol (quel mot remarquable à mettre en bouche...aplastante...).

Ce fut ma première rencontre avec ce que la gauche latinoaméricaine appelle, non sans raison, « la femme d'oligarque ». L'insoutenable légèreté parasitaire des bourgeoises d'Amérique latine, il y a de quoi en écrire des lignes et des lignes. Mais c'est tellement plus intéressant de les laisser jacasser façon telenovela, et écouter ces voix, là, de l'autre Amérique, des autres Amériques...et Lhasa de chanter, chanter. Et ce regard, vert, infini, comme un écho...Un bel écho. Une belle érection. Et ce fut tout.

Je gardai quelque part en moi ce regard vert, perçant, lumineux et néanmoins encore soumis de la domestique qui avait malgré tout appris, avec le temps, à abriter et alimenter, en secret, en elle, quelque désir enfoui mais bien vivace, réel: ce désir de liberté et cette attente sans fin du jour venu ou elle s'émancipera. Seule, d'elle-même.

Ou avec cet inconnu, un de ces gentils gars croisés au fil de la vie sociale de ses employeurs, ce chico del pueblo qui l'arrachera à cette vie, qui la prendra et l'emmènera. Elle savait que ce ne serait pas pour cette fois, pas avec ce gringo, ni aucun gringo sans doute. Mais derrière son silence, derrière ses pudeurs prudentes, elle abritait ce feu qui couve, ce feu qui est le plus fort : le feu de vivre, libre, libre du paternalisme oisif, libre des humiliations « bienveillantes » de l'oligarchie latino américaine.

Sur ces entre faits, je débandai rapidement, en reprenant sur l'écran télé de l'autocar les fabuleuses aventures des Tortues Ninja contre les Mutants Constructors.



--------------------


Transports amoureux


Vers le matérialisme, brutal,
Allons-y, cocotte.
L'Urbs, magnétique chaos,
nous attend.

Vers le mysticisme, animal,
Jetons-nous y, cocotte,
Don Shamane, extatique sereno,
nous attend.

Vers le faste, splendide,
De ces terres arides,
Vers la démesure, torride,
De ces vallées humides,

Allez, on bouge la, il est plus que temps...
Le monde nous attend.
A dos de mule, ou en Queen Mary,
A pattes, en jet ou à skis,

En radeau à moteur,
Même pas peur,
En avionnette soviétique, en buseta ou en chariot,
en VTT, en moto Honda ou en Twingo,

En bocho chilango, ou Vitara...
Mais dans quel état,
Arriverons-nous,
Me demandes-tu...
Je n'en sais foutre rien du tout,
Vois-tu.

Mais tiens-là bien, oui tiens-là bien,
La Barre, de tes rêves.
Ne la laisses surtout pas glisser.
Elle nous mènera bien loin
Sois-en bien certaine, cocotte.

Peu importe le flacon pourvu que marque Giresse,
Peu importe le medius pourvu qu'on allégresse.
Peu importe la crainte, c'est l'ivresse,
Qui gagne toujours à la fin.
Peu importe les moyens,
De transport, on arrive toujours,
A bon port.

Voila. Tous ces trajets, fragments, explosions, instantanés, vitalités, craquements de la terre, démesure des espaces. Regards volés.
Je suis transporté par ces voyages dans le voyage.

A pied, en mule, en camion,
Toujours la même putain d'émotion.

Patxi.
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#Posté le mardi 31 août 2010 00:02

Modifié le mardi 31 août 2010 00:54

Lien vers mon blog dédié à mon année à San Francisco

Comme disait Philippe VI : "Qui m'aime me suive !"

Pour l'anecdote, il fut bien suivi, et entra en Flandre en massacrant les rebelles flamands à Cassel. J'espère envoyer au moins autant le pâté que lui en Californie.

PS : ce blog continue en parallèle bien sûr.
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#Posté le lundi 30 août 2010 09:32

Modifié le lundi 30 août 2010 14:10

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